Tout le monde est d’accord. Dans une économie mondialisée, qui combine fret de longue distance, multiplication des sources de production et distribution multicanal, le besoin d’informations fiables et donc de processus d’échanges de données efficaces n’a jamais été aussi important ! Depuis plus de trente ans, l’EDI adresse cette problématique, avec le renfort désormais des plateformes collaboratives, des API (Application Programming Interface) et autres Blockchain. Qu’est-ce qui a changé ?

L’EDI (Electronic Data Interchange en anglais, Echange de Données Informatisé en français) ne date pas d’hier. Dès le début des années 1980 avec l’apparition des codes-barres, les informaticiens et les instances de standardisation ont cherché des solutions pour faciliter et accélérer les échanges entre ordinateurs, en limitant les interventions humaines et ses erreurs, au moment notamment de la ressaisie.

A la recherche de la standardisation

Le résultat de leurs efforts ? Des ensembles de messages normalisés utilisant des langages standards, et reconnus par les acteurs tout au long d’une chaine de valeur, par exemple la chaîne logistique. L’organisme mondial GS1 (GS pour Global Standards), actif dans le monde de la logistique, propose ainsi deux langages structurés, l’EANCOM® et le GS1 XML, qui servent de support à 43 messages, par exemple pour la description d’un état de stock, les ordres de livraison, l’envoi de factures etc. D’autres formats standards existent, notamment dans le monde des douanes, celui des transports, ou dans l’écosystème automobile.

« L’EDI traite des transactions, des ordres de gestion » explique Xavier Barras, directeur des opérations de GS1 France. C’est déjà beaucoup, d’autant qu’à ses débuts, il a fallu également régler le problème des infrastructures (réseaux de télécommunication). La généralisation d’internet et ses protocoles standards ont simplifié cet aspect du problème.

L’utilisation de l’EDI présente de nombreuses conséquences positives…

  • Plus d’agilité: les processus manuels internes sont automatisés, en particulier toutes les transactions impliquant l’ERP, ce qui permet que les commandes, bons de livraisons et autres factures soient traitées sans intervention humaine ;
  • Moins d’erreurs, grâce à la disparition des phases de ressaisie notamment ;
  • Une universalité théorique grâce à la standardisation, par-delà les barrières linguistiques et techniques ;
  • Davantage de traçabilité, par exemple à la demande des douanes ou des autorités sanitaires.

Aujourd’hui, nous utilisons ces messages standards au quotidien, parfois sans nous en rendre compte. Il faut dire que les éditeurs de logiciels ont travaillé à l’intégration de modules de traduction, qui permettent de les envoyer ou de les réceptionner en toute transparence pour l’utilisateur, qui continue de travailler sur ses écrans habituels, car les données qui remplissent ses formulaires ont été adaptées à son format.

… mais demande aussi de gros moyens

« Les messages EDI sont robustes et rendent de multiples services aux organisations qui ont les moyens et les compétences pour les mettre en place, reconnait Emilia Jevakhoff, CEO de Winddle, l’éditeur de la plateforme destinée au partage d’informations entre les acteurs d’une chaîne d’approvisionnement. Mais ils sont difficiles à mettre en œuvre pour les plus petites structures et, surtout, ils ne couvrent pas l’ensemble des situations rencontrées. Par exemple, lorsqu’un fournisseur a déjà accusé réception d’une commande et procède à des modifications ultérieures, on voit réapparaître des mails de correction entre les intervenants. Comment ces informations vont-elles être intégrées ? ».

Vers une vraie réponse métier

Xavier Barras rappelle que le rôle de l’EDI est d’automatiser les transactions en s’appuyant pour cela sur des données standardisées et un cadrage strict. Mais il admet que « les entreprises ont besoin aujourd’hui d’autres réponses, en connexion avec leurs métiers. Leur transformation digitale développe leur appétit pour de nouvelles organisations, notamment en matière de Supply Chain ». Parmi les sujets sur la table : l’amélioration des taux de service, la réduction des coûts de gestion des stocks, la transformation de l’expérience client, la gestion de l’omnicanal etc. Dans ce contexte, reprend le spécialiste de GS1, « les entreprises ne cherchent plus LA solution technique, mais UNE réponse à une problématique. Par exemple, comment mettre en œuvre une Supply Chain plus collaborative pour offrir de nouveaux services à leurs clients ».

La blockchain, pour la traçabilité des messages échangés

Les promoteurs de l’EDI ont apporté des solutions progressives à ces critiques avec, par exemple, l’émergence de versions WebEDI pour faciliter l’accès des petites entreprises à des traducteurs dans le cloud, sans investissements lourds en interne. Par ailleurs, les nouvelles technologies (API et blockchain) sont étudiées avec attention. « Nous avons d’ailleurs développé une API pour le monde du transport, qui permet de connecter les agendas des différents acteurs afin d’adapter en permanence l’heure prévue de réception en fonction des aléas rencontrés sur la route » illustre Xavier Barras.

L’usage d’une blockchain intéresse également, avec la possibilité de faire transiter de l’information avec une confidentialité et une traçabilité parfaite, « Néanmoins, on voit mal comment de telles chaînes pourraient se développer sans une assise technique de qualité, donc un acteur dominant pour garantir cette infrastructure. Ce qui pose des questions d’indépendance à terme ».

Des plateformes collaboratives rapides à mettre en œuvre

On comprend mieux l’émergence des plateformes collaboratives, dont Winddle s’est fait le champion dans le monde de l’approvisionnement. « Elles aident au pilotage opérationnel, en améliorant la qualité de l’information. Et elles se mettent facilement en place, en particulier dans les entreprises qui n’ont pas les infrastructures techniques et les compétences pour lancer des projets IT complexes » explique Emilia Jevakhoff.

Elles peuvent également se positionner en complément de l’EDI, là où les messages structurés n’ont pas été développés pour tel ou tel aspect du métier. L’un n’empêche pas l’autre ! Le succès des plateformes collaboratives est acquis dès lors qu’elles permettent de gagner en productivité et en qualité autour de l’échange d’informations.

Il est probable que cette cohabitation entre les EDI – sur lesquels les grandes entreprises ont investi depuis près de 30 ans, ce qui ne les incitera pas à y renoncer tout de suite – et ces plateformes a de beaux jours devant elle. Elle restera en effet pertinente, sur la base d’une utilisation des messages standardisés lorsqu’ils existent et auxquels les acteurs de la chaîne puissent accéder facilement. Les plateformes et leurs workflows pallieront les manques fonctionnels et répondront aux besoins de simplicité des plus petites structures. Et dès lors que des transactions répétitives émergeront, un travail de normalisation pourra intervenir pour les rendre plus efficaces et organiser leur partage avec le plus grand nombre.


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