Une révolution ? Plutôt une accélération décisive. La crise sanitaire a mis en lumière la réactivité et l’agilité des entreprises déjà bien engagées dans leur transformation digitale. Pour les autres, il y a urgence à rattraper le retard pris à moderniser leur supply chain, depuis les phases d’approvisionnement jusqu’à la livraison. L’opinion d’Andrea Zerial, directeur associé et cofondateur de Mind7 Consulting.

En avril 2020, pendant le premier confinement imposé par la crise sanitaire, de nombreuses infrastructures – par exemple les ports chinois – ont été mises à l’arrêt. Avec des conséquences immédiates sur les chaînes en aval. L’éditeur Winddle en a alors profité pour interroger les responsables des services approvisionnements sur leur situation et l’avenir. Les enseignements de cette enquête qualitative sont riches :

  • Au-delà des urgences à gérer, les acteurs de terrain travaillaient déjà au redimensionnement des flux pour préparer la reprise de leurs activités ;
  • Pour cela, ils allaient analyser leurs données supply chain (appros, transport, stocks…) et s’en servir comme levier pour piloter la réorganisation ;
  • L’agilité était vue comme un atout majeur (après la mobilisation des ressources humaines) ;
  • Pour soutenir cette agilité, les plannings reconfigurables et les outils de pilotage s’avéraient essentiels.

Enfin, le panel se projetait dans le futur et estimait que les changements de long terme affecteraient surtout les modalités d’échange tout au long de la supply chain, pour répondre aux nouveaux besoins de consommation. La visibilité est ainsi devenue primordiale, ainsi que la qualité des relations avec les partenaires, pour plus de transparence et de collaboration.

Un catalyseur de la transformation digitale, pas une cause

« Toutes les raisons pour une accélération de la transformation digitale de la supply chain convergent » relève Andrea Zerial, directeur associé et cofondateur de Mind7 Consulting, une ESN spécialisée sur cette thématique. « La crise sanitaire ne la déclenche pas à proprement parler, mais elle en confirme le besoin ». 

La tendance de fond de la digitalisation était déjà là, avec des outils bien en place dans les entreprises en pointe. Les plates-formes collaboratives comme Winddle au niveau des approvisionnements ont pu, dans cette période de crise, contribuer à sécuriser la diffusion et le partage d’informations entre tous les acteurs de la chaîne.

Andrea Zerial poursuit : « plus en profondeur, il y a aussi une prise de conscience qui va cette fois au-delà des mots, qui devient concrète : l’incertitude du monde dans lequel nous vivons. Qui aurait imaginer le confinement de nos économies, avant qu’il ne soit décrété le 15 mars » ?

S’adapter pour survivre, avec le digital comme outil

La crise confirme donc que « survivre, c’est montrer la capacité de s’adapter en permanence ». Heureusement pour nombre d’entreprises, les solutions technologiques sont déjà là. Et celles qui en avaient démarré la mise en œuvre ont pris de l’avance. Ainsi, le passage au télétravail s’est fait bien plus rapidement chez celles qui avaient déjà équipé leurs collaborateurs de portables et avaient réfléchi à des stratégies de réseau VPN. De même, la mise en place de solutions de click and collect s’est accélérée, en particulier avec la deuxième phase du confinement… tout particulièrement chez les entreprises qui y avaient réfléchi avant.

Concernant la chaîne logistique, le constat est le même. Nicolas Bouvet, Managing Director chez Accenture, déclare par exemple : « Nos clients ayant pris de l’avance en termes de digitalisation – avec des tours de contrôle, des tableaux de bord et des outils de pilotage performants – étaient clairement mieux placés pour gérer leur activité pendant la crise ». 

Tous ont pris conscience que l’avenir va désormais se caractériser par des variations de plus en plus brutales : évolution des modes de consommation et de la demande finale, contraintes réglementaires, par exemple sur les questions environnementales, localisation de la production, etc. Et en conséquence, ils s’arment de nouveaux outils digitaux pour améliorer leurs process et tenter d’absorber au mieux ces transformations à venir.

S’adapter en temps réel, avec des données fiables

Hier, piloter une supply chain revenait à stabiliser l’équilibre entre les stocks, la demande et les capacités. Aujourd’hui, une nouvelle exigence s’ajoute : il faut pouvoir en permanence opérer un ré-engineering des organisations logistiques.

« Je ne pense pas que les approvisionnements en Asie vont être profondément remis en cause, estime précise Andrea Zerial. En revanche, sur les schémas de transport et de livraison, la crise va accélérer la recherche d’alternatives, voire des solutions d’automatisation de l’adaptation quasiment en temps réel ».

L’information et sa maîtrise y compris dans l’anticipation– où en suis-je aujourd’hui, où en serai-je demain – deviennent donc plus essentielles que jamais. A la base de ce pilotage, la disponibilité d’une donnée de qualité et exhaustive fait consensus.

« Il faut aussi que la donnée soit pertinente, explique Emilia Jevakhoff, la CEO de Winddle. C’est pourquoi un outil comme le nôtre, qui libère les équipes approvisionnement des tâches à faible valeur ajoutée tout en mettant en avant les informations importantes pour accélérer leur traitement et les prises de décision, est si apprécié des professionnels ».

La période que nous traversons pourrait donc bien accélérer la digitalisation du SCM, et constituer l‘occasion de repenser aussi bien le sourcing que les livraisons, et jusqu’à la relation client. Mais faudra-t-il en passer par d’imposants projets de transformation, alors que certaines entreprises vont manquer de temps et de ressources dans l’immédiat ?

« Je ne pense pas que les grands schémas directeurs constituent la seule et la meilleure réponse dans des temps incertains, tempère Andréa Zerial. Il faut plutôt être pragmatique, tester des solutions partielles, s’autoriser des essais et donc des erreurs. Ce qui n’exclut pas de grandes ambitions ».


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